Le réalisateur Gus Van Sant par un Pari3ien
La simplicité de l’image au service d’une réflexion sur la nature humaine
Comment réussir à décrire ce qu’est l’homme sans influencer le spectateur, afin de le laisser maître de sa propre expérience ? C’est ainsi que l’on pourrait qualifier toute l’œuvre du réalisateur américain Gus Van Sant. Alors que de nombreux cinéastes s’obligent à prendre position et à marquer leur appartenance aux films moralisateurs, Gus Van Sant fait fi de tout cela et plonge le spectateur dans les méandres de sa condition d’être humain. Il met à nu ce que beaucoup couvriraient d’un voile protecteur ; il révèle sans détours et sans artifices ce que d’autres murmureraient à l’oreille d’un sourd ; en un mot, il filme « en » ce que les inconditionnels du message filment « pour ». Plus qu’un simple loisir cinématographique, chacune de ses créations artistiques est une expérience à part entière.
La réalité est une des bases du génie créatif de Gus Van Sant, et l’on pourrait même dire que son art cinématographique ne serait pas aussi « juste » s’il n’était pas au service d’une certaine simplicité. La caméra subjective qu’utilise le réalisateur dans Elephant (placée systématiquement derrière le personnage) donne l’impression au spectateur d’être plongé au cœur de l’histoire et d’en vivre l’expérience au moment où elle se produit. Le drame du lycée de Colombine nous ait montré de façon directe, sans artifices, sans ménagement. Certains plans du film nous mettent à la place des deux adolescents responsables du massacre et nous laissent seuls face à notre condition d’être humain, seuls face à ce que nous aurions pu faire. Il ne juge pas, il n’impose pas d’explications ; il laisse tout simplement sa caméra parler des faits. On pourrait également citer son film Gerry qui retrace le périple réel de deux hommes perdus dans le désert ou encore Harvey Milk, ode biographique à la gloire du célèbre homme politique américain qui militait pour les droits civiques des homosexuels aux Etats-Unis. Paranoid Park et Psycho démontrent également la volonté du réalisateur américain de ne pas édulcorer le sujet de ses films afin d’en tirer un enseignement moral, l’un traitant d’une mort passée sous silence et l’autre d’un délit moral. Dans le remake du film d’Alfred Hitchcock (Psychose), Van Sant laisse même les erreurs de tournage du maître et ne change que d’infimes détails en rapport avec l’histoire. Tout ceci afin d’avoir une expérience qui ne s’observe pas, mais qui se vit.
S’il y a une oeuvre de Gus Van Sant que je retiendrais, ce serait Will Hunting. Au risque de paraître totalement subjectif (bien que cette partie soit faite pour ça), il y a une chose dans ce film qui, de mon point de vue, est la marque d’une production de grande qualité: il s’agit de l’atmosphère. Le choix des plans du réalisateur nous fait ressentir les émanations de Boston sud, on se prend les coups avec le héros, on rit, on pleure, on souffre avec lui. Et c’est, au-delà de la performance quasi-parfaite de Matt Damon, la caméra de Van Sant qui nous fait tant vibrer et éveille nos passions. Peu de gens se rendent compte que le maître de la caméra est également le maître des acteurs, des décors, des lumières ; c’est tout ceci assemblé au sein d’un cadrage particulier qui rend une scène inoubliable. En exemple, je donnerais une de mes scènes favorites qui, si ce n’avait pas été Van Sant aux commandes, aurait paru totalement clichée et naïve : je parle de l’échange entre Robin Williams et Matt Damon sur un banc près d’un lac entouré de verdure. Le récit du personnage se rapproche à première vue du discours basique qu’un psychologue peut révéler à son patient ; mais cette force qui se dégage des paroles à ce moment-là nous prend aux trippes tout comme elle saisit Matt Damon à travers sa carapace. L’impact de la représentation des expressions empruntes d’une expérience lourde, est simplement sublime.Si je devais lire les quelques lignes rédigées au cours de cette page, je me dirais sûrement que ce papier n’est rien d’autre qu’un point de vue ou tout simplement un prolongement de la pensée encore inexpérimentée d’un jeune rédacteur. Certains me diront que le cinéma de Gus Van Sant fait partie du septième art hollywoodien cliché, qu’il tente de se soustraire aux codes de ses prédécesseurs, mais qu’il s’y embourbe bêtement. Comment les contredire ? A dire vrai, je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est que Gus Van Sant m’a permis d’avoir un autre regard sur le cinéma et m’a révélé cet art tel qu’il est et non pas tel qu’on me l’a montré. Si ce papier vous permet de découvrir (ou redécouvrir) ce cinéaste et par la même occasion le cinéma, je n’aurais pas étaler ma crédulité pour rien.
J.J.A
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